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Pas de doute, nous vivons une époque plus qu'intéressante.
Des figures emblématiques de la présidence US s'affichent partout en parents affectueux et complices. Cela nous change agréablement d'un précédent qui, nous l'avons tous constaté sur les vidéos officielles, ne pouvait s'empêcher de tripoter et suçoter toute enfant à sa portée.
Le nouveau régime parle fort et clair avec une fraîcheur revigorante, quitte à manier ruse, ironie ou cynisme pour mieux triompher des obstacles.
Il agit vite et sans complexes, dans l'intérêt de son pays et de la paix entre nations. Comment ? En s'attelant au démantèlement de forteresses étatiques perchées à pleines griffes sur des cimes sans précédent de corruption malveillante.
Ses personnages hauts en couleur se mettent en danger mortel pour appliquer leurs convictions et, en un sens, changer le monde – ce que l'on désespérait de voir se produire à tel niveau.
Ne boudons pas notre plaisir. Un ciel que l'on croyait bouché semble être en train de s'éclaircir. Réjouissons-nous ; quoi qu'il arrive, c'est toujours cela de pris. Redécouvrons aussi un sentiment guérisseur 1 : la gratitude – lequel n'exclut pas, bien sûr, une saine lucidité.
Même un esprit
farouchement indépendant comme le mien, et qui se croyait revenu de
tout, ne peut que frémir d'espoir. Malgré la vieillesse, la
maladie, la ruine ou quelque malheur que ce soit, l'espoir doit
toujours rester le dernier soldat debout au front de nos consciences.
Le festival des trouble-fête
Ce printemps que l'on entrevoit en retenant son souffle n'est pas celui auquel, ici, on prétendait nous faire penser. Sur les réseaux sociaux, des commentateurs ulcérés, dociles amplificateurs d'une propagande omniprésente, crachent un flot de doutes acerbes, de mépris, de haine et de désinformation.
Nombre d'entre eux relèvent de l'astroturfing. 2
En prime, d'authentiques quidams se sont faits les suppôts plus ou moins innocents du totalitarisme 2.0. Face aux héros « complotistes », ces porte-voix malavisés ont endossé avec zèle la sinistre livrée de hérauts des comploteurs.
Parmi eux, les vrais dupes sont à plaindre : leur réveil s'annonce pathétique. Comme je l'ai déjà suggéré, restons miséricordieux.
En revanche, d'autres individus assument leur position de proxis complotants. Victimes d'un biais cognitif qui peut affecter aussi les lanceurs d'alerte 3, ils se prennent peut-être pour des initiés devenus supérieurs au commun des mortels ; au point de soutenir avec jubilation des cohortes d'autocrates tout sauf fantasmés, appartenant à une espèce que l'on a coutume d'imputer à de lointaines dictatures.
« Ce sont NOS salopards », pourraient-ils revendiquer. Et en effet, il leur sera de plus en plus difficile de nier qu'ils se sont enchaînés à une coterie mondiale de grands et petits prédateurs 4.
Car l'engeance qui après avoir, au fil des décennies, construit à travers monde une infiltration-domination systémique, ne se cache plus d'écraser méthodiquement les gueux afin d'amplifier sans freins ses monstrueux profits et ses délires les plus sadiques.
Comment peut-on, fût-ce par ignorance, conditionnement ou sottise ordinaire, épouser la cause de malfaisants d'un tel gabarit ?
Pire : comment des gens instruits et supposés raisonnables 5 peuvent-ils soutenir depuis quelques années, sans le moindre effort de recul ou d'analyse, des dysfonctionnements majeurs, des violations flagrantes, des contre-vérités si grossières qu'un non-informé, aussi candide soit-il, n'a qu'à en relier les points pour voir se dresser l'évidence ?
La crainte, la
paresse, l'intérêt sont les premières explications.
Suffisent-elles ? Je crains que non.
Un monde en noir et blanc
Contrairement aux dogmes manichéens qui nous furent inculqués de toute éternité, malveillance et bonnes intentions se rencontrent partout, à tous niveaux.
L'un des combats de ma vie aura été de souligner cette évidence (si basique que j'ai toujours un peu honte de la rabâcher) : catégoriser l'opposition entre bien et mal, ou bons contre méchants, est aussi ridicule que manipulatoire.
Seuls des motifs de basse politique ou l'endoctrinement qui en résulte conduisent à penser le monde comme un affrontement de peuples intégralement vertueux et de « puissants » uniformément indignes ; d'états aux intentions pures et de libertaires égotiques ; ou encore, de progressistes forcément éclairés et de souverainistes bas de plafond ; de croyants aimés de Dieu et d'athées (ou d'autres croyants) diaboliques ; d'ouvriers exploités par définition et de patrons exploiteurs-nés ; d'hommes oppresseurs biologiques 6 s'acharnant sur des femmes opprimées par assignation ; etc.
Je fulmine aussi lorsque l'on confond dans une même abhorration des dirigeants criminels et leurs peuples, premières victimes.
Il est évident que vice et vertu, exemplarité et indignité résident en tous lieux et en toutes catégories de personnes. Comme, à doses plus ou moins homéopathiques, en chacun d'entre nous.
Pour beaucoup, cette réalité est moralement et intellectuellement inconfortable, tant l'esprit se plaît à manier des concepts binaires. Pratiquer la détestation ou l'adoration simplistes peut se révéler à la fois plus facile et plus défoulatoire. Alors que le culte de la nuance oblige à se pencher sans cesse sur ses propres travers – un exercice auquel répugne notre ego.
Et puis chez certains, d'où qu'ils soient, le vice est pour ainsi dire intrinsèque. Inné ou acquis, il suscite la vocation des pervers manipulateurs, des chefs de service maltraitants, des conjoints cruels, des dirigeants toxiques, des pédocriminels… Et (à un moindre degré, il faut le souhaiter) celle de leurs âmes damnées, que l'on voit s'adonner en ligne à la malfaisance solitaire ou en bande organisée : groupies de tyrans avérés, délateurs, néocollabos, petits capos revanchards, « fact-checkers » fanatiques.
Bien au-delà de la simple désinformation, ce mini-monde bénévole ou stipendié s'acharne à appliquer la règle
d'or des dirigeants sans scrupule : pour régner, diviser jusque dans
le sein des familles.
Autant en emporte le temps
Inutile de répliquer, mes amis, même si parfois l'envie nous en démange. Contrairement à leurs illusions, ces malheureux outils se démènent à contre-sens de l'Histoire. Aucun empire totalitaire n'est éternel ; les temps à venir jugeront les zélateurs de celui-ci, ou les enseveliront dans les ténèbres de l'oubli.
Dernier point, et non le moindre : plutôt que de voir partout des oppositions contrôlées, ce qui tue dans l'œuf toute concertation, il faut se rappeler que l'arme fatale de nos tyrans, c'est de nous contrôler en nous opposant les uns aux autres. Nous le faisons bien trop facilement de nous-mêmes, hélas !…
Mieux vaudrait nous focaliser, ensemble de préférence, sur ce qui est efficace, bénéfique et rassérénant.
Le vice ne règne
toujours pas en maître absolu. La vertu se rencontre encore, y
compris dans les sphères les plus inattendues. Sans pour autant nous
aveugler, ouvrons nos esprits à cette hypothèse et continuons à
espérer qu'une ère de bienveillance 7
est, enfin, en train d'advenir.
C'est tout pour aujourd'hui ! Portez-vous bien. Un autre jour, je reviendrai vous entretenir de quelques thèmes traités dans Gogoland, un monde en trompe-l'œil, que j'ai dû renoncer à publier il y a 8 ans.
1 C'est prouvé : la gratitude est un ressenti salutogène.
2 Système de manipulation qui utilise, soit des bots (algorithmes de réponse automatisée, aujourd'hui gérés par IA), soit des équipes rémunérées, afin de pourrir ou orienter des discussions sur internet. Objectif : susciter des réactions ou mouvements d'opinion à des fins politiques, commerciales ou financières.
3 Pour cette raison, le terme d'« éveillés » me paraît quelque peu risqué. Sans compter qu'il attire comme un aimant le sarcasme et les accusations de dérive sectaire.
4 Ma part de colibri fut d'exposer les différents aspects de cette réalité en filigrane des nombreux romans à clefs que j'ai publiés pour mon propre compte (avant de suivre par lassitude et discipline des conseils bien intentionnés en les dépubliant presque tous, ainsi que des billets trop explicites sur mon ancien blog).
5 En vérité, le formatage des « sachants » et le complexe de supériorité qui va de pair – c'est le cas de le dire – induisent assez souvent une vision étroite et, par conséquent, une crédulité déconcertante.
6 Par une étrange contradiction doctrinale, il est décrété simultanément qu'il faut éradiquer le patriarcat, les hommes étant dominateurs par nature (le chromosome Y serait donc déterminant ?) ; mais que chez tout individu, nonobstant lesdits chromosomes, le genre reste indéterminé jusqu'à ce qu'il ait été choisi.
7 Même si l'idée d'élites 100 % bienveillantes doit aussi être nuancée, car le pouvoir durcit indubitablement – plus ou moins, toutefois, selon la force (et la douceur) d'âme de chaque être humain. Mais des élites bienveillantes ont bel et bien existé, aussi imparfaites fussent-elles ; si leur espèce semble raréfiée, il demeure plausible qu'il en surgira toujours quelques exemplaires, ou quelques vagues, à la faveur des événements.
