Ne voyez dans ce titre rien qui se veuille provocateur : ce n'est qu'une réflexion désabusée qui m'est venue en flânant sur x.com.
Je viens de lire, en conclusion d'un post très pertinent par ailleurs, que la focalisation de certains politiciens et activistes sur Gaza aurait pour origine leur "culpabilité postcoloniale".
Remarque en passant :
Ce serait absurde de leur part, car aucun peuple ne peut se sentir à jamais coupable de ce qu'ont fait ses ancêtres – comme, d'ailleurs, ceux de l'immense majorité des peuples. L'Histoire n'a jamais été un théâtre courtois.
Certes, la civilisation occidentale a commis, et commet toujours, un péché unique en son genre : asservir les autres pays sous prétexte d'être le Bien et de vouloir leur intérêt. Une prédation assumée eût été plus honorable et moins humiliante pour les peuples jadis colonisés, qui sont philosophes devant l'usage de la force, mais méprisent avec raison les fourbes et les lâches. Nos "élites" politiques ont été hypocrites et manipulatrices : cette tendance ne date pas d'hier.
Fermons la parenthèse sur la question coloniale.
En ce qui concerne Gaza, on ne peut pas dire non plus que les dirigeants rivalisent de franchise. Cette fois, à une échelle mondiale, pourrait-on dire.
Face à l'ampleur de la tragédie, qui oserait avouer que le problème palestinien empoisonnait les relations internationales ? Qu'hélas, ce malheureux peuple est sans doute condamné, dans une sorte d'élan de lâcher-prise tacite, parce que ses dirigeants ont toujours choisi la voie du terrorisme ?
Qui se risquerait à rappeler que les leaders palestiniens successifs ont, non seulement rendu impossible une solution à 2 États (qu'une majorité refusait aussi en Israël, c'est un autre sujet), mais ont mis à feu et à sang la Jordanie, le Liban, et posé des problèmes insolubles aux pays frères ? Lesquels ont, mais qui le dira, soutenu la cause palestinienne par solidarité religieuse et parce que tel était leur intérêt diplomatique, mais toujours avec des pincettes ?
Même si, en France, on lui porte une relative sympathie en mémoire de l'Occupation, le terrorisme n'est jamais une solution acceptable par la communauté internationale. Peu de gens le soulignent dans le cas présent. C'est tabou : opinions à vif, conséquences trop extrêmes sur le terrain. Mais cette doctrine sous-jacente est un fait. Même la guerre est codifiée. Il a toujours été posé comme principe universel que l'ennemi de l'ordre et de la prospérité, c'est la violence illégale.
Le peuple palestinien souffre et meurt parce que son problème était devenu insoluble; parce que la voie choisie par ses leaders corrompus, et pas seulement vis-à-vis d'Israël, lui a fait perdre les soutiens et les solutions que méritait sa cause. Et c'est sans aucun doute l'une des pires injustices de l'Histoire.
La mobilisation des politiciens français pour Gaza, si opportuniste soit-elle, n'est donc pas non plus motivée que par des visées électoralistes. S'ils processionnent si ostensiblement, c'est sans doute aussi parce qu'ils admettent en réalité, même s'ils ne l'avoueront jamais, que Gaza est condamnée parce qu'elle incarne leur pire cauchemar : le terrorisme.
Ces "élites" si peu respectueuses de leur peuple, qui, comme la totalité de leurs semblables, craignent de le voir basculer dans l'action violente et se trouver des leaders prêts à appeler aux armes, espèrent voir la terre purgée de toute pulsion de ce genre. Cela ressort de leurs discours, de l'Agenda mondialiste, de toutes leurs tentatives d'abêtir et affaiblir leurs propres populations plutôt que de risquer un soulèvement.
Au fond d'eux-mêmes, ces protestataires de principe, et peut-être aussi de cœur pour certains d'entre eux (s'ils en ont encore), considèrent donc que Gaza doit être soumise quoi qu'il en soit, plutôt que de donner aux peuples occidentaux opprimés des idées et un exemple intolérables.
Oui, ils sont pour l'écrasement de Gaza, même s'ils regrettent sans doute que le problème n'ait pu être réglé avec des méthodes modernes de "domestication" (le terme est d'eux). Exactement de même qu'ils sont pour le nôtre, sous les coups de leur "soft power" de moins en moins soft et de plus en plus implacable.
Car malheureusement, pour la première fois dans l'histoire moderne, nos dirigeants sont mentalement prêts à utiliser la force plutôt que la propagande et autres finasseries. Et qu'elle soit employée par d'autres, de façon aussi extrême et aussi décomplexée, doit en fait les encourager – sinon soulager leur conscience « compassionnellement » plongée depuis belle lurette en coma dépassé.
Voilà ce qu'il se passe dans ces cerveaux européens formatés par l'usage de comportements hypocrites. On est très, très loin de la culpabilité lancinante : au contraire, on voit poindre presque ouvertement l'instinct de prédation à l'état pur. Celui de dirigeants obsédés par l'idée de réduire à leur merci, et à celle de leurs maîtres, les citoyens dont ils seraient censés prendre soin.
Alors Gaza se meurt dans une relative indifférence, parce que d'autres drames se jouent en même temps, étrangement apparentés.
Contre les prédateurs qui nous dirigent à leur profit – comme l'ont fait ceux de l'infortuné peuple palestinien –, les BRICS sont en train de jouer leur autonomie ; le nouveau régime américain, sa survie et celle de son pays ; et nous, peuples occidentaux, notre liberté et notre survie aussi, au sens le plus cru de ce mot.
Puissions-nous ne pas subir, d'une manière hypocritement compatible avec « nos valeurs », le sort affreux des Gazaouis.
