Les échanges d'insultes et dialogues de sourds sur les réseaux me consternent. Bon sang, ça n'avance à rien…
Ils n'arrêteront jamais de désinformer, de diviser, de tout détruire.
Leur mission, ou leur fantasme pour certains idéologues, c'est de couler la France (entre autres) au profit d'intérêts multiples, et parfois criminels.
Alors à quoi bon s'épuiser à ratiociner, un camp contre l'autre ?
Il faut voir le monde tel qu'il est, tel qu'il sombre à l'heure actuelle. Les réalités sordides, les dérives monstrueuses, les déferlements d'impuissance, d'indifférence et de couardise. Et par-dessus tout ça, l'ego – toujours mauvais conseiller, parfois arme de destruction.
Mais il faut voir aussi les bonnes volontés, l'énergie créatrice, la sagesse, le courage, la générosité qui ne demandent qu'à converger et se répandre.
Tout cela ne manque ni sur les réseaux, ni dans la vraie vie. Cherchons ces points lumineux, attisons-les en nous-mêmes, nourrissons-nous-en et nourrissons-en d'autres personnes. Il suffit de peu de chose, peu d'individus au départ, pour qu'une société bascule.
Les événements extérieurs qui vont dans le bon sens sont presque toujours compensés par d'autres qui nous entravent. 1 Peu importe. Appuyons-nous sur les premiers, d'où qu'ils viennent, pour résister aux seconds et construire une autre voie.
N'espérons aucune prise de conscience, miracle ni sauveur déterminants. C'est à chacun de tricoter les conditions du sauvetage, en commençant par soi.
Comment faire ? dira-t-on peut-être. Quelques éléments de réponse :
D'abord, s'informer vraiment. Sans préjugés. En analysant et croisant les données au lieu de céder à l'émotion – laquelle, dans ce cas précis, s'avère une drogue aliénante et démultiplie les affrontements stériles.
Se placer dans la meilleure situation possible, lorsqu'on le peut. Quand on se sent un peu à l'abri, relativement autonome, que l'on peut respirer, on cesse d'être une victime ballotée au gré des malfaisants.
Arrêter de s'invectiver en ligne ou, pire, dans la vraie vie. Cela défoule, sans doute, mais fait le jeu des manipulateurs. Ils en ricanent, s'en félicitent, en tirent profit. Changeons d'approche.
Arrêter aussi d'asséner nos vérités en espérant mettre K.O. ceux qui font de même. Certes, lancer dans l'espace ce signal de reconnaissance permet éventuellement de se sentir moins seul, de s'agréger peut-être. Mais ensuite, on tourne en rond.
Oublier les fanatiques (qui opèrent souvent sur commande et n'ont rien de vrais débatteurs). Ils sont une perte de temps et nous enfoncent dans le négatif.
Avec les autres, quel que soit leur bord ou leurs opinions, rechercher des points communs. Beaucoup de gens vivent mal, la plupart sont à cran : cela nous rapproche beaucoup de nos contradicteurs. Sur ces bases, édifions quelque chose de plus vaste et plus positif. Comme disait Newton, « les hommes construisent trop de murs et pas assez de ponts ».
Des décennies d'ingénierie sociale ont implacablement fragmenté la société. Et si nous nous employions à recoller les morceaux ? Il est temps de réapprendre la diplomatie.
Souplesse et ouverture d'esprit, combinées à une calme détermination et à la connaissance des sujets abordés, sont les seuls outils nécessaires pour initier une relation positive.
Il suffit alors de rechercher l'équilibre, c'est-à-dire un accord mutuellement bénéfique qui permet d'avancer sur quelques points précis. C'est très différent de l'entente crapuleuse, mais non moins efficace.
Autrefois, cette façon d'agir huilait plus ou moins les rouages de la société : quiconque se comportait autrement y gagnait en tout cas une image peu flatteuse.
Désormais, on se glorifie d'être sarcastique, coléreux, péremptoire et même sectaire ; quant à l'ignardise, qui isole si cruellement, elle est presque devenue un brevet d'authenticité. Et où en sommes-nous arrivés ? Au degré zéro de la concorde, ce noble mot qui désignait l'harmonie sociale.
On a voulu nous faire croire que, pour la rétablir, il fallait écraser les divergences, même inexprimées, et brimer les uns au profit des autres. Alors qu'il ne s'agit que d'un moyen vicieux de faire monter la pression, le sentiment d'injustice et, in fine, la haine.
Inversons la vapeur.
Oublions les mille et un clivages sociétaux, ces barrières artificielles promues par nos mauvais maîtres, et renouons le dialogue avec le plus de gens possible. Nous ne serons pas d'accord sur tout – c'est la vraie diversité –, mais nous pourrons nous entendre. 2
Une vieille amie de ma mère avait pour mantra « nous ne sommes tous que de pauvres humains ». Plus pauvres que jamais à tous point de vue, aujourd'hui ! N'est-ce pas justement un socle commun à partir duquel redécouvrir nos convergences, et nous enrichir des bienfaits d'une fraternité retrouvée ?
1 Exemple : le mouvement MAGA a défoncé les grilles de la prison occidentale ; mais sur le plan économique, il favorisera bien sûr, à notre détriment, les intérêts des USA.
