Quelques réflexions à chaud après un événement auquel il fallait s'attendre : à Rotterdam, la police à tiré à balles réelles sur les anti-pass.
Vous voudrez bien me pardonner le ton de ce billet, où je m'en vais cracher quelques rafales d'ironie : c'est mon arme de défense à moi, et elle ne tuera personne.
Réflexion n°1
Peut-être y a-t-il eu réellement un déchaînement de violence côté manifestants.
Se faire sans trêve, depuis vingt-et-un mois : terrifier, désinformer, manipuler, bâillonner, assigner à résidence, priver de gagne-pain, d'études ou même de soins, ruiner, calomnier, stigmatiser, brimer de mille et une manières, mettre en danger physique et psychique, avec des conséquences dont on commence à peine à entrevoir la gravité démesurée ; et, à présent, devoir endurer le fait que leurs enfants sont, eux aussi, maltraités et mis en danger par une spirale très officielle de folie destructrice à durée indéterminée…
Pas besoin d'être la réincarnation de Mère Theresa pour ressentir un minimum d'empathie et admettre que ces « brutes malfaisantes » d'anti-pass ont éventuellement une ou deux raisons d'avoir un petit peu les boules.
Cela n'excuse rien en cas de réels débordements, bien sûr, mais ça explique.
Réflexion n° 2
Peut-être pourrait-on réfléchir un peu, justement. À propos du jugement que porte, sur ces gueux supposés un peu simplets (puisqu'ils sont « anti-science » par définition, qu'on se le dise !), toute une partie de la société : une élite autoproclamée, sûre d'elle, forte en gueule et abondamment dotée de porte-voix pour mieux diffuser ses consignes de bien-pensance. Oh, je suis pas partiale, ni sectaire, ce n'est pas mon genre. Je les connais bien, voilà tout.
Leur jugement à eux n'est pas le fruit de l'observation. Ils ne savent rien du peuple, cette masse informe, vaguement répugnante, dont on ignore les soucis mais appréhende les colères. Ils le condamnent aujourd'hui sans concessions, sans merci. Pourtant, depuis le confort de ses salons germanopratins, ses bastions universitaires, ses salles de rédaction et autres Olympes où l'usage récréatif de la blanche a achevé de remplacer la lecture de son homonyme 1, l'engeance donneuse de leçons ne cesse de prôner, d'exiger que l'on s'émeuve complaisamment des états d'âme de tout le monde.
Non, pas tout le monde : la compassion politico-médiatique braque rarement ses projecteurs sur les victimes de meurtres, viols et autres souffrances un peu trop banales. Des sots pourraient en déduire que nos beaux esprits, mal éclairés par une morale étrangement réductrice, ne distinguent plus que les malheurs des minorités militantes, qui « prennent mieux la lumière », comme on dit en photographie. Et puis, quoi, faut prioriser ! Que les petits fermiers afrikaners exterminés avec femmes et enfants ne s'imaginent pas qu'on va les laisser la ramener avec leurs faux problèmes de mâles blancs dominateurs, nonmého. Enfin bon, je sors du sujet.
Réflexion n° 3
Avant cela, me dira-t-on, je m'étais déjà égarée en suggérant que l'on essaie un tant soit peu de se mettre à la place des anti-pass. Une idée très déplacée ! N'importe quel apprenti collabo, comme vous et moi en croisons tous les jours dans le métro-boulot-rézos, vous expliquera qu'il est exclu d'accorder la moindre pitié aux millions d'individus et de familles broyés sur la planète entière par la « guerre » historique contre Kov. Kov, sacré ennemi mondial numéro un jusqu'à ce que (ou afin que ?) la vague de terreur soigneusement amplifiée contre cette menace presque ordinaire ne soit non moins habilement lancée à l'assaut des protestataires. Oups. Je veux dire, ne se reporte sur eux par pure malchance…
… Mais non sans raisons objectives, cela va de soi : peut-on seulement considérer « ces gens-là » comme des citoyens, alors qu'ils sont pervertis au point de refuser de jouer à la roulette russe en se faisant shooter à coups de machins expérimentaux ? Ah, les sales égoïstes ! Qu'est-ce qu'on attend, nom d'un bec Bunsen, pour les décontaminer une fois pour toutes à très haute température ? Décidément, les dirigeants d'aujourd'hui sont infoutus d'imposer des politiques un peu hardies.
Il est vrai qu'ils n'y connaissent rien en mesures prophylactiques, ces médiocres officiants pour qui la science reste hermétique – religion absconse, imposée d'en haut par les Dieux consanguins du Fric et de la Technologie. Après tout, ce que ces derniers demandent à leurs clergés, c'est juste de croire et d'obéir.
Nos politiciens « humanistes » redoutent leurs maîtres tout-puissants, mais aussi leurs sujets, nous l'avons dit. Ceux-là, ils les craignent au moins autant qu'ils les méprisent. Dans leurs cauchemars, ils doivent entendre résonner sans fin une phrase d'Hotel California : « They stab it with their steely knives, but they just can't kill the beast » 2. La Bête, c'est nous, évidemment, pas leurs petites addictions.
Réflexion n° 4
Revenons à nos manifestants : à défaut de succomber aux remèdes sur abonnement, ils n'est pas totalement déconnant d'imaginer qu'ils sont voués à voir leurs rangs s'éclaircir quand même. Lance d'acier ou grêle de plomb : choisissez votre exit pass. Nous sommes beaucoup trop nombreux sur Terre, à ce qu'il paraît.
En tout cas, ce n'est pas aux vieux singes qu'on apprend à faire des grimaces. Le coup des black blocs qui, en mettant le feu (au sens propre ou figuré), donnent aux forces de l'ordre un motif (de bonne foi ou pas) pour casser une manif, on connaît. Y compris quand on a toujours été, par principe, du côté de l'ordre. Mais bon, peut-être que d'avoir hébergé Kov en mars 2020 a altéré mes fonctions cognitives ; ou peut-être que je suis mauvaise langue, et pourquoi pas anarchiste tant qu'on y est… Bref, peut-être que que les affres provoqués par le verrouillage liberticide en train de se dérouler implacablement un peu partout déforment dans mon esprit la réalité de ce qui s'est passé à Rotterdam. Après tout, je n'y étais pas.
Réflexion n° 5
Tiens, au fait, pourquoi des tirs à balles réelles ? Quiconque est un peu averti des techniques anti-insurrectionnelles sait qu'il ne manque pas d'armes non létales extrêmement dissuasives (la quinzaine de GJ éborgnés pour l'exemple il y a deux ou trois ans en sait quelque chose. Et l'arsenal ne cesse de se sophistiquer).
Arrêtons-nous là. Une chose est sûre, nous assistons à une escalade qui eût été inimaginable il y a quelques années. Une escalade assumée par le pouvoir – par tous les pouvoirs.
Il faut être singulièrement naïf pour ne pas reconnaître, dans les invraisemblables cafouillages successifs d'informations et injonctions contradictoires, des méthodes de guerre psychologique parfaitement rodées. Et pour préférer diagnostiquer une incompétence généralisée… Alors que, si le monde politique possède une compétence avérée, c'est bien celle relative à la communication.
De même, il faut être singulièrement aveugle pour ne pas s'étonner d'une telle homogénéité dans les réactions politiques, notamment occidentales. Tout le monde se serait spontanément mis en ordre de marche face au péril sanitaire ? Il n'y a qu'à se souvenir comme, face à la menace nazie, tous les politiciens et médias européens nous ont emmenés dans le mur en tirant à hue et à dia. Mais, là, miracle : l'union sacrée, le « consensus » (ah, ce mot qui justifie tout, même il ne recouvre aucune réalité !) ; un vrai petit concours de zèle collectif sur fond d'entente cordiale. La peur fait bien les choses, me direz-vous ? Bizarre. D'ordinaire, elle produit exactement l'effet inverse.
Réflexion n° 6
L'ensemble de ces dérives, ces « égarements » si bien coordonnés, procure une étrange impression. Même aux esprits comme le mien, tout sauf subversif.
L'impression que la vie humaine ne vaut rien. Mais ça, on le savait déjà.
L'impression – non : la certitude – que cela commence à se voir, même dans nos démocraties si artificieuses. Ça, c'est nouveau.
Les trompe-l'œil se craquellent, la scène s'effrite, les masques tombent. Dans le grand théâtre mondial, une certaine machinerie s'est mise en route, prête à tout écraser pour changer non plus le décor, mais la pièce elle-même. Réécrite non pas pour plaire au public, mais uniquement pour satisfaire ceux qui ont choisi de l'écrire.
Sous des régimes comme le nôtre, c'est une grande première. Une vieille formule me vient en tête : « un soir de grande première ». Ce que nous allons vivre est plutôt un Grand Soir « de première » (classe. Comme l'enterrement du même nom.)
OK, rien de tout ceci ne parle aux moins de cinquante ans, j'en ai conscience. Je me raccroche à des jeux de mots moisis : pathétique !
En résumé : longtemps, votre humble servante a fait partie de ceux qui, sans être dupes, espéraient au moins que l'illusion collective allait perdurer à jamais.
On peut très bien vivre d'illusion, même imparfaite. Ne pas y croire pour de bon, mais s'en contenter sans déplaisir. Être tout à fait conscient de jouer dans une pièce conçue pour que de mieux lotis prospèrent en tirant nos ficelles ; mais y trouver cependant quelque agrément.
Là, hélas, on ne joue plus.
Ce sont eux qui se jouent de nous.
1Petit décryptage pour les non-littéraires, qui auront sûrement identifié la « blanche » illégale, mais peut-être pas la célèbre collection de Gallimard dite « la Blanche ».
2« Ils la frappent de leurs lames d'acier, mais sans pouvoir tuer la bête. » Il s'agit là de drogue, vous l'avez compris, et de l'impossibilité d'en sortir. Dans leur Savoir immanent, nos « Dieux » connaissent bien ce sujet, comme tant d'autres qui nous dépassent.